La légende du Schnàckeschlàgger Wagges*

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                  Il existe dans la plaine de l’Ill, entre l’Altenberg et le lieu dit « Bachis Loch », un village idyllique où il fait bon vivre : Zillisheim. C’est là que l’on peut voir sortir à certaines occasions – et plus particulièrement au sortir de l’hiver - un personnage pittoresque : le Zilliser Schnàckeschlàgger Wagges.

                  Il habite de chaleureuses demeures dans les sous-bois de Zillisheim, où il passe une majeure partie de son temps, bien à l’abri des regards, à préparer sa grande sortie annuelle… En effet, cet esthète au bon goût vestimentaire reconnu, n’aime guère les étés caniculaires alsaciens, et encore moins les touristes voraces envahissant sa plaine de l’Ill adorée. Aussi, préfère-t-il se calfeutrer dans sa demeure fraîche et douillette, rêvassant allègrement avec ses compères à sa saison favorite, février-mars… L’automne, quant à lui, ne lui plaît guère, car les tempêtes et pluies battantes risquent de nuire à sa belle chevelure, fierté s’il en est de son visage jovial. De même pour l’hiver, trop froid, où la neige et le verglas lui imposent un repos à la limite de l’hibernation où seules les odeurs d’un bon vin chaud peuvent éventuellement le pousser à préparer plus activement sa sortie annuelle.

                  Dès que les premiers rayons de soleil laissent perler la rosée, vous le verrez donc sortir de chez lui : ragaillardi, pointant fièrement son nez magistral au vent, le voici enfin, flairant sa proie favorite, le Schnàck !

                  Nul hasard donc, si ce grand amateur de gastéropodes a élu domicile à Zillisheim, village dont les habitants sont surnommés les Schnàcke. Aussi, le verrez-vous errer à la recherche de sa proie favorite, le regard perturbé, car pris en tenaille entre son envie féroce de déguster les petites bêtes et son amour de la protection animalière… Cruel dilemme, s’il en est ! Néanmoins, le cerveau fertile du Wagges est parvenu à le résoudre rapidement afin de vivre en paix : à défaut de le déguster, quoi de plus simple si ce n’est de lécher le gastéropode tant convoité ! D’où bien sûr, le nom de Schnàckeschlàgger Wagges.

                  Toutefois, tout Schnàck n’est pas bon à lécher, comme l’a enseigné l’expérience à notre ami. Utilisant mille et un subterfuges afin d’attirer vers lui sa victime favorite, le jeune gastéropode frais et luisant dans la rosée, notre Wagges a développé un redoutable sens de l’observation et de la psychologie humaine. S’enveloppant dans un nuage de confettis chamarrés afin de passer inaperçu, il lance bonbons et autre friandises afin d’éloigner de lui les petits Schnàckelà encore trop jeunes pour être léchés. Quant au vieux Schnàck trop ridé et indigeste, il le tient éloigné à coup de radis noirs et autres navets ou oignons. Quant au jeune Schnàck séduisant objet de sa convoitise gourmande, il l’attire à lui avec de belles carottes, quelques douceurs et autres petits présents, avant de s’adonner à son vice favori… Inoffensif (Toutefois, la prudence s’impose, car le Schnàck est parfois rebelle, auquel cas, la Schnàckeschlàgger Wagges n’hésite pas à le ligoter à un panneau indicateur et l’abandonner ainsi au premier autre prédateur venu…), le Schnàckeschlàgger Wagges s’en retourne alors satisfait dans sa demeure, attendant patiemment la saison suivante et se remémorant, nostalgique, ses aventures entre compères.

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*Nota : Waggis, Wackes ou Wagges ?

D’après l’ouvrage de référence internationalement connu d’Auguste Strobel « Dummel di, awer langsam », le terme de Waggis est uniquement utilisé pour le personnage carnavalesque de Bâle, caricature du Sundgauvien gentil et débonnaire qui utilisait son franc-parler pour dire en période carnavelsque ses quatres vérités aux Bâlois. Wagges serait sa version et graphie alsacienne. Quant à Wackes, il s’agirait d’un dérivé du latin « vagus », le vagabond et autre voyou ou vaurien, qui  n’inspirait pas la confiance aux habitants. C’est également la graphie retenue pour le surnom des habitants de Mulhouse.

Schnàckeschlàgger Wagges